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Le blanc.
La couleur de l'hiver.
La ligne
Le défilement vertical des flocons de neige.
C'est
dans cet environnement on ne peut plus approprié que Robin Dupuis nous
propose ses blanches créations dans "RECTILIGNES", une installation
sonore et vidéographique, toute en subtilité.
FrogRadio, vous invite à visiter la galerie Occurrence de Montréal au cours des mois de décembre et de janvier
Et ne soyez pas surpris: comme à FrogRadio, on y entend avec les yeux et on y voit avec les oreilles!
Robin Dupuis fait partie du regroupement d'artistes Perte de signal.
FrogRadio vous invite à vous rendre sur le site où vous découvrirez qui il est, ce qu'il fait et plus!
http://www.perte-de-signal.org/#fr/Artistes/Robin%20Dupuis/Installations/
Ouvert du mardi au samedi (midi - 17 H)
5277, avenue du Parc, Montréal, Québec
T : 514-397-0236 | W : occurrence.ca
Présente, du 5 décembre au 23 Janvier 2010:
Rectilignes
Installation Robin Dupuis
Texte de Marie-Ève Charron
Dans Rectilignes (2007-2009) , Robin Dupuis persiste, en quelque sorte,
à s’intéresser à la figure humaine. Il ne s’agit pas ici, bien
évidemment, d’une représentation ou d’un motif, mais d’une référence
plus fondamentale qui est de l’ordre de la posture et du postural. Les
composantes structurelles de Rectilignes renvoient effectivement à la
position debout, spécifique à l’humain, thème que l’artiste a exploré
il y a quelques années, et ce n’est pas anodin, à travers le mouvement
des membres, que ce soit la locomotion de jambes (Démarches, 1999) ou
la (non-) prégnance des mains (Itérative, 2002).
Mais
on le sait, Robin Dupuis a délaissé avec les années ces motifs
figuratifs au profit de compositions audiovisuelles plus nettement
abstraites, ou tissées de présences allusives, comme dans Commutative
(2006), lesquelles sont en cela davantage propices à étudier les
phénomènes de perception qu’il entend faire éprouver au spectateur.
C’est dire donc que, affranchis de la nécessité d’être identifiés, les
sons et les images se prêtent plus volontiers à une expérience de type
sensoriel ; débarrassés de la logique référentielle ou mimétique, les
signes se rendent disponibles au corps d’abord et avant tout. Le
dispositif, dans son ensemble, établit ainsi un lien fort de
réciprocité avec le corps du spectateur qui, debout, est constamment
ramené à sa verticalité, ce qui lui permet de rassembler, de faire
tenir ensemble, plusieurs fragments sonores et visuels.
L’espace
de la galerie Occurrence ne laisse deviner qu’au bout d’un moment la
nature de l’intervention de l’artiste. Il y a bien cette présence
sonore, sorte de rumeur, qui se fait entendre depuis l’entrée, mais
l’espace d’exposition s’offre au regard dans un relatif dénuement, par
des surfaces à tout le moins immaculées. Trois colonnes blanches
reconfigurent toutefois l’espace, ajoutent des composantes
architectoniques qui modifient la spatialité des lieux. Minimaliste, le
dispositif évite les interférences et intensifie par le fait même la
présence de chaque donnée, si discrète soit-elle. Puisqu’il
faut, d’office, s’approcher de ce qui semble blanc – « je ne vois rien
», a-t-on d’abord envie de penser – se précise, progressivement, la
perception du son. Or, l’attention s’en détourne au profit des petits
écrans encastrés, tels des trouées de lumière qui découpent les
colonnes. La structure rectiligne du dispositif orchestre en fait
l’expérience de l’oeuvre en ce que le voyage du son – distribué d’une
enceinte à l’autre de bas en haut, et de haut en bas en boucle continue
– se voit appuyé, voire relayé, pour une fraction de seconde, par les
écrans qui donnent à voir sa manifestation visuelle.
Bien
que ces « colonnes de son » s’animent en synchronicité, elles ne
favorisent pas tant leur perception globale, c’est-à-dire
indifférenciée ou à l’unisson, qu’elle n’invitent plutôt à les
considérer une à une, selon un autre mouvement, cette fois latéral. En
se déplaçant devant le dispositif, le spectateur découvre à tâtons des
zones privilégiées, là où l’écoute du son s’avère, pourrait-on ainsi
dire, optimale. Le type d’enceintes utilisées et le traitement sonore
provoquent un phénomène qui délimite plus nettement l’espace de
captation précise des ondes. Par conséquent le dispositif prescrit des
lieux de réceptivité engageant tout le corps du spectateur dans une
expérience physique temporelle du son que l’artiste ici a voulu
cependant arrimer à un signe visuel. À moins qu’il ne s’agisse de
l’inverse.
Partant d’une observation culturelle de la préséance du régime du
visuel sur le sonore, Robin Dupuis invente un dispositif qui propose de
reconsidérer cette hiérarchie des sens. Non seulement, pourrait-on
déduire, les sens sont-ils inextricablement liés, mais existe-t-il
aussi des stratégies pour en repenser l’expérience, le visuel dans
Rectilignes se mettant en quelque sorte au service des ondes sonores
pour en marquer le travail.La matière numérique n’étant pas, par ailleurs, limitée à une seule
occurrence, le son et l’image de synthèse au fondement de
l’installation principale ont aussi été redéployés par l’artiste au
sein d’interventions dans le sous-sol et la vitrine de la galerie. Ces
dispositifs aménagent de nouvelles avenues de perception tout en
insistant sur le caractère événementiel de leur expérience qui n’est,
somme toute, jamais réductibleà une seule.
Marie-Ève Charron
Marie-Ève
Charron est critique d’art pour le quotidien montréalais Le Devoir.
Chargée de cours au Département d’histoire de l’art de l’UQAM, elle
enseigne également l’histoire de l’art au niveau collégial. Elle a été
adjointe à la rédaction de la revue d’art contemporain Parachute et a
coordonné la production de diverses publications, notamment pour le
Musée national des beaux-arts du Québec. Ses textes ont été publiés
dans des revues spécialisées en art actuel (Parachute, Esse arts +
opinions, Mix Magazine, Ciel variable) ou dans des ouvrages, dont le
plus récent est Mon Régime. Martin Dufrasne (Séquence, 2008).
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