Kim Waldron (Occurence)

OccurenceFrogRadio a l'immense plaisir de s'associer à une toute nouvelle partenaire pour sa page « Artiste du mois ».  En effet, c'est avec enthousiasme que Lili Michaud, fondatrice et directrice de l'espace d'art et d'essai contemporains   Occurrence situé au _5277 avenue du Parc à Montréal, a accepté de prendre en charge le contenu de la page « Artiste du mois ».  Elle nous fera découvrir des artistes dont l'oeuvre à su piquer la curiosité du comité de sélection du centre, des oeuvres d'artistes connus mais également des oeuvres d'artistes en pleine émergence.

 

Historique de l’organisme

 

En 1989, Lili Michaud fonde Occurrence, espace d’art et d’essai contemporains, un organisme à but non lucratif situé dans le quartier Villeray de Montréal. Occurrence permet à des artistes du Québec, du Canada ou de l’étranger de présenter leurs œuvres dans un contexte où la diffusion de l’art actuel était jusqu’alors restreinte. Depuis 1999, Occurrence a accru ses activités sur le plan d'une collaboration nationale et internationale. La galerie compte désormais sur un solide réseau de partenariats au Québec et à l’étranger, ayant par ailleurs développé une expertise dans la coordination d’expositions circulant ici et outre-mer. 

  Lili Michaud vous présente aujourd'hui, sous la rubrique « Artiste du mois » sur le site de FrogRadio, l'artiste Kim Waldron qui expose tout le mois de juillet une série de photographies ayant pour titre TRIPLES.

 

Kim Waldron, photographe, est née et vit à Montréal. Elle a obtenu un diplôme de l’Université NSCAD en 2003. Sa démarche photographique, qui juxtapose l’autofiction et des images d’individus Kim Waldronprises en situation, a pour but de remettre en question les dynamiques sociales contemporaines. Ses oeuvres ont fait l’objet de plusieurs expositions, notamment à la Galerie 44, Eyelevel Gallery, Eastern Edge Gallery, Art Gallery of Windsor ainsi qu’à la Central Galerie Powerhouse. 

Les oeuvres de la photographe, présentées à Occurrence, ont été créées en 2007 lors d’une résidence de trois mois à Vienne offerte par le ministère autrichien de l’Éducation, des Arts et de la Culture. 

 

Avec Triples, Kim Waldron réfléchit sur la construction sociale du couple et de la communauté. Dans ce projet amorcé pendant une résidence de trois mois à Vienne, l’artiste s’attarde au sentiment d’étrangeté éprouvé lors de l’adjonction d’un tiers à l’entité du couple, compris comme une unité indivisible, un « individu double ».

 

Triples présente des clichés qualifiés par l’artiste de « fictions documentaires » qui recèlent une valeur narrative très dense et une grande qualité formelle. Ils constituent en eux la finalité du projet artistique de Waldron; ce ne sont donc pas les souvenirs témoins d’un acte performatif préalable mais bien des tableaux photographiques. Tels de riches palimpsestes ils accumulent les couches de sens en dévoilant des environnements privés, des intérieurs domestiques habités par des couples, rencontrés au hasard, dans lesquels s’est insérée la présence de l’Étranger incarnée par l’artiste. Cette figure symbolique dont l’identité est neutralisée par le port de la petite robe noire qui se veut l’uniforme de l’anonymat par excellence, génère différents degrés d’inconfort au sein des ménages qu’elle pénètre en tant qu’Autre. En résultent des intimités mi- feintes mi-réelles, des tableaux fortuits et mis en scène tout à la fois.

En plus d’interroger immanquablement les notions de vérité et de vraisemblance dans la représentation photographique, le travail de Kim Waldron explore habilement les champs liminaux, les entre-deux, et dévoile, par le biais de l’objectif de l’appareil photographique, les limitations du médium, mais aussi ce qui échappe au premier regard. Sous le couvert de ce qui semble être d’évidents ménages à trois, l’artiste expose en fait la relation complexe qu’entretiennent chez l’homme le désir de satisfaire aux envies individuelles de l’amour sensuel d’une part, et de l’autre, la volonté de constituer une communauté civilisée, édifiée par l’amour inhibé.

 

Kim WaldronIl est impératif, sans trop orienter la lecture de l’oeuvre, de comprendre que l’artiste appuie sa démarche réflexive sur l’a priori freudien tiré de Malaise dans la civilisation selon lequel « l’opposition entre la civilisation et la sexualité provient du fait que l’amour sexuel est une relation à deux, où le tiers ne saurait être que superflu ou jouer le rôle de trouble-fête, alors que la civilisation implique nécessairement des relations entre un grand nombre d’êtres [...] ». En un mot, l’unité du couple est autosuffisante ; le tiers incarne la naissance du besoin.

 

Ainsi, Triples met en relief le réflexe conformiste de l’homme en société qui inhibe son comportement et fait en sorte qu’il renonce à l’assouvissement immédiat des ses pulsions instinctives, de manière à pouvoir participer au processus de civilisation où la liberté individuelle est assurément rognée au profit du plus grand nombre. Ce projet souligne adroitement un aspect du contexte politico-social actuel, où le capitalisme encourage d’avantage l’égotisme que l’altruisme et accorde la primauté aux désirs de l’individu, entravant par le fait même le développement de la civilisation.

 

Car en définitive, il faut, pour fortifier une communauté et l’« être-ensemble » la caractérisant, renier une part de cette nature qui nous détermine afin d’accueillir l’Autre. Il convient dès lors d’entretenir un réseau d’auxiliaires et de consacrer l’énergie autrement engloutie par le giron du couple à des considérations beaucoup plus larges, à l’échelle du tout et non plus de l’unité. Ce que Triples nous donne à voir, cet inconfort capturé par la photographie, celle qui force la retenue de certain comportements, semble être le témoins d’un mouvement de balancier incessant et imperceptible tout à la fois, qui fait basculer l’homme tour à tour dans l’état repu (donc statique) de l’être en couple et celui, obligatoirement dynamique, de l’être civilisé. Selon nous, couple et communauté ne constituent donc pas les pôles immuable d’une opposition binaire mais suggéreraient plutôt deux type de «dispositions» relationnelles chez l’homme qui n’est pas, ultimement, confiné exclusivement à l’un ou à l’autre.

 

Valérie Guerriat

(texte qui accompagne l'exposition)

 

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